LE PROVENÇAL, UNE LANGUE SPECIFIQUE

 
 
 
Pour la préservation du patrimoine immatériel de la Provence
 
De nombreux mouvements provençaux demandent une reconnaissance officielle de la spécificité de la langue provençale et de sa variété niçoise, traditionnellement dite « langue niçoise ».
 
En portant cette revendication, la Provence n'est pas isolée. En mars 2007, le Collectif de la défense de l'identité saintongeaise a ainsi obtenu de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) qu'elle reconnaisse le saintongeais comme langue d'oïl à part entière, et non plus comme une variante du poitevin. Pour fonder sa décision, la DGLFLF a notamment retenu le sentiment qu'ont les locuteurs saintongeais d'avoir un parler autonome, l'ancienneté de la
désignation "saintongeais", et la richesse de la production littéraire et savante sous cette appellation.
 
Qu'en est-il en Provence ? Les locuteurs provençaux ont bien le sentiment d'avoir une langue spécifique, l'ancienneté de la désignation  de la "langue provençale" remonte à plusieurs siècles et la richesse de la production littéraire et savante en langue provençale a d'une part été couronnée par le prix Nobel de littérature de Frédéric Mistral et reste d'autre part d'actualité, qu'il s'agisse de littérature provençale ou d'ouvrages didactiques sur la langue provençale.
 
LE SENTIMENT D'UNE LANGUE SPÉCIFIQUE
 
Le provençal est vécu par les Provençaux comme une langue à part entière qui jouit d’un large soutien de la population et des collectivités locales, bénéficiant d’un net regain dans la vie publique depuis quelques décennies (publicités, signalization routière, festivals, théâtre, édifices...).
Le provençal, qui est la langue particulière de la Provence (avec le niçois dans l'ancien comté de Nice), est spécialement reconnu comme langue menacée par l’UNESCO (Atlas des langues en péril dans le monde, UNESCO, 2001) et par le guide des langues du monde qui fait autorité au niveau international (Ethnologue, languages of the world, 15th edition, 2005, Dallas, USA).
Un "Livre blanc pour l'avenir des langues provençale et niçoise" a été publié en 2003 par huit mouvements régionalistes et de nombreuses associations culturelles, qui y fixent quelque 65 priorités.
Les collectivités territoriales soutiennent aujourd'hui les langues provençale et niçoise, à travers le fonctionnement des associations culturelles, le soutien à l'édition et aux publications, la signalisation bilingue aux entrées de ville...
De très nombreux élus provençaux (parlementaires, maires, conseillers régionaux, généraux et municipaux), les presidents successifs du conseil régional (Michel Pezet, Jean-Claude Gaudin, Michel Vauzelle), plusieurs ministres ont pris position en faveur de la reconnaissance de la spécificité de la langue provençale.
 
L'ANCIENNETÉ DE LA DÉSIGNATION "LANGUE PROVENÇALE"
 
La littérature provençale remonte au moyen-âge et aux Troubadours dont de nombreux Provençaux, qui influencèrent les littératures d'Europe par leurs poésies du XIe au XIVe siècles.
Si Dante crée l'appellation "langue d'oc", nous noterons qu'au XIVe siècle, le troubadour Raymond Féraud, Provençal alpin, écrit dans sa Vida de Sant Honorat « Car ma lenga no es / De dreg proensales » (Car ma langue n'est pas du parfait provençal) par rapport au provençal de la basse Provence parlé à Aix-en- Provence, capitale de la Provence. Vers 1580, le Marseillais Robert Ruffi exalte sa langue : « Lo provençau, baudament / a lo drech de primier atge » (le provençal, hardiment, a le doit d'aînesse). Le terme de poésie provençale et de langue provençale pour désigner l'expression des Troubadours est fréquente depuis la deuxième moitié du XIXe siècle.
La première renaissance littéraire de la langue provençale que l'on pressent dans les Mystères du Briançonnais du XVe siècle, intervient au XVIe siècle, avec un foyer de création poétique autour d'Aix et Marseille (Bellaud de la Bellaudière, Tronc, Ruffi...), puis au XVIIe siècle, avec des créations théâtrales à Aix (Brueys, Zerbin, Codolet) et des poésies pastorales à Avignon et le Comtat Venaissin (Saboly). Antoine Godeau, de Dreux, l'un des fondateurs de l'Académie française en 1634, nommé évêque de Vence en 1636, écrit « Si Dieu me laissait le choix du don des miracles ou de la langue provençale, je choisirais plutôt de bien parler cette langue que de ressusciter trois morts par jour ».
 
La créativité en provençal se poursuit au XVIIIe s. dans les villes (Aix, Marseille, Arles, Toulon...) avec Diouloufet, Gros, Coye, Pélabon. Plusieurs dictionnaires sont publiés dont ceux de Pellas (1723), Germain (1785), Achard (1787). L'abbé Jean-François Féraud écrit son Essais de grammaire et de glossaire de la langue provençale.
Parmi de multiples preuves que les Provençaux ont conscience qu'ils parlent la langue provençale, nous citerons ce passage de l'Adresse à la Nation provençale que Mirabeau publie le 11 février 1789 : « Afflorinement, terme barbare que j'espère voir bientôt bannir de la langue provençale ». Or dans son « Adresse à la Nation Provençale » Mirabeau débat sur la politique propre au Comté de Provence, Pays d'Etat et s'élève contre l'obligation faite aux nobles provençaux d'être propriétaire et de payer l'impôt foncier dit l'afflorinement pour être élu député aux Etats de Provence. Cet usage de « langue provençale » par Mirabeau dans cette adresse envoyée à toutes les communautés de Provence, est la preuve que les Provençaux disent qu'ils parlent la langue provençale.
 
Dans la première moitié du XIX° siècle, la langue provençale demeure la langue maternelle des Provençaux. Le Provençal Eugène de Mazenod, issu de la noblesse de robe, devenu évêque de Marseille, et canonisé par l'Eglise pour son dévouement auprès des pauvres, demande aux prêtres de prêcher en langue provençale pour être compris des Provençaux : « Il faut parler leur langue pour être entendu d'eux. Il faut parler en provençal  ». Une riche littérature populaire se développe, illustrée notamment par Rancher, Gélu, Maurel.
 
LA RICHESSE DE LA PRODUCTION LITTÉRAIRE ET SAVANTE
SOUS L'APPELLATION "LANGUE PROVENÇALE"
 
La production littéraire en langue provençale, née au moyen-âge, a été couronnée par le prix Nobel attribué à Frédéric Mistral en 1904. Dans la seconde moitié du XIX° siècle, cette littérature s'est en effet épanouie avec l'envol d'une littérature revendicative de prestige incarnée par Mistral, Aubanel, Roumanille et le Félibrige provençal. Elle s'est poursuivie dans la première moitié du XXe siècle avec de nombreux auteurs talentueux parmi lesquels nous citerons Joseph d'Arbaud, David Meyer, Sully-André Peyre, Germaine Waton de Ferry.
 
Après la guerre de 1940, la langue provençale reste majoritairement employée par les auteurs provençaux, qu'il s'agisse des poètes Max-Philippe Delavouët, André Compan ou Serge Bec, des écrivains André Ariès, Louis Bayle, Francis Gag, Charles Galtier, Jean-Pierre Tennevin, Bernard Giély, Michel Courty ou Philippe Blanchet et bien d'autres, tels ceux des vallées provençales d'Italie comme Sergi Arneodo, Grand prix littéraire de Provence, et le talentueux poète du Briançonnais italien
Remigio Bermond.
Dans ce début du XXI° siècle, nous assistons à l'éclosion d'une jeune génération d'auteurs en langue provençale, âgés de 20 à 30 ans, parmi lesquels la conteuse Céline Magrini et la poétesse du Comtat Venaissin Christelle Pépin.
Il existe spécifiquement pour la langue provençale des grammaires, des dictionnaires, des méthodes d’enseignement, des maisons d’édition et des centres de recherche.
Le provençal est enseigné de la maternelle à l’université en France, dans de nombreux cours associatifs et dans de très nombreuses universités étrangères.
La langue provençale se renouvelle et s'adapte aux mutations. Le dictionnaire français-provençal de Jules Coupier donne ainsi des définitions en provençal de termes techniques ou modernes.
La presse d'expression provençale et niçoise, riche d'une quarantaine de titres, est également un outil de modernization du vocabulaire, au travers des articles qu'elle consacre à des questions actuelles, de même que l'émission en provençal Vaqui sur France 3. La presse régionale emploie quasisystématiquement les appellations "provençal" ou "langue
provençale" lorsqu'elle fait référence à la langue régionale, et publie souvent des chroniques en langue provençale. Il existe aussi de nombreux sites internet en langue provençale.
Des festivals de théâtre en langue provençale permettent aux auteurs dramatiques et aux troupes, des Hautes-Alpes au Pays niçois et à la vallée du Rhône, de se rencontrer tels ceux de Fuveau et de Sorgues. Chaque année, pendant la période de Noël, dans toute la Provence, des groupes jouent les pastorals en langue provençale.
 
De nombreux chanteurs-auteurs-compositeurs provençaux modernes (le duo Cheops, Crous e Pielo, Guy Bonnet, André Chiron, Jean-Bernard Plantevin, les Tard-quand-dine, le groupe Marlevar des vallées provençales d'Italie...) mentionnent spécifiquement la "langue provençale". De plus, les ensembles polyphoniques chantant en langue provençale se retrouvent tous les deux ans lors des Poulifounìo Prouvençalo à Cavaillon.
Une année sur l'autre, un grand festival provençal organisé par le Collectif Prouvènço met en scène les artistes d'expression provençale et accueille des artistes de renommée international d'autres cultures régionales.
Chaque année, le Councours di Jouine de Prouvènço confié par la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur à l'Unioun Prouvençalo réunit plus de 600 candidats, nombre en croissance constante, pour favoriser l'usage chez les jeunes et l'enseignement de la langue provençale et niçoise.
 
Le provençal, langue distincte à part entière
 
Vu la conscience des Provençaux que la langue provençale est une langue spécifique; Vu l'ancienneté séculaire de la désignation « langue
provençale »; Vu la richesse de la production littéraire et savante sous
l'appellation langue provençale; Vu que la langue provençale est une des langues de la famille d'oc, Vu l'article 7 « Objectifs et principes », paragraphe « e » de la Charte Européenne des langues régionales ou minoritaires, stipulant : « le maintien et le développement de relations... entre
les groupes pratiquant une langue régionale ou minoritaire et d'autres groupes du même Etat parlant une langue pratiquée sous une forme identique ou proche... »,
 
Nous, Provençaux et Niçois, demandons aux députés et aux sénateurs de la République française que la langue provençale et sa variante la langue niçoise soient insérées dans la liste des langues régionales de France comme langues distinctes à part entière.
 
Le Conseil d'administration de l'Unioun Prouvençalo
Louis SCOTTO J-Christophe SARRAZIN Marius ODDO
Coprésident Coprésident Coprésident
Alpes-de Haute-Provence Hautes-Alpes Alpes-Maritimes
J.Claude CHASTAN André ADAOUST Christiane ROCHE
Coprésident Coprésident Coprésidente
Bouches-du-Rhône Var Vaucluse
Henri FERAUD
Président délégué
Coprésidents : Louis SCOTTO, Centre d'expression provençale des Alpes-de-Haute-Provence, 04300
FORCALQUIER – Jean-Christophe SARRAZIN, lou Païs Gavouot, 05000 GAP- Marius ODDO, Les Amis de la
Culture Niçoise, 06440 BLAUSASC – Jean-Claude CHASTAN, membre fondateur, 13480 CABRIES – André
ADAOUST, Escolo de la Targo, 83000 TOULON, lou Raioulet de Sièis-Four – Christiane ROCHE, Escolo de
Pont de Sorgo, 84700 SORGUES – Henri FERAUD, Président délégué, 84000 AVIGNON
Vice-Présidents : Gilbert TOUVAT, Rode Osco Manosco, 04100 MANOSQUE – Jeannot MANCINI, lei
Meissuguié, 06740 CHATEAUNEUF – Hélène COLIN-DELTRIEU, Lou Prouvençau à l'Escolo, 13105 MIMET –
Louis GREGOIRE, Counfrarié de la Mantenènço di Tradicioun Prouvençalo, 84300 CAVAILLON
Délégués : Joël PEYROL, Vihado prouvençalo, 26230 GRIGNAN – Daniel FAUVELET, Les Amis de la langue
d'Oc, 30290 LAUDUN

 

AllegatoDimensione
La langue provençale.pdf67.81 KB